Pardonne moi, Leonard Peacock – Matthew Quick

9782221159675

Éditeur : Robert Laffont

Collection : R

Année de parution : 2015

Genre : Jeunesse

Titre original : Forgive me, Leonard Peacock

Traducteur : Fabienne Vidallet

Résumé : « En plus du P-38, le flingue de mon grand-père, il y a quatre paquets, un pour chacun de mes amis. Je veux leur dire au revoir correctement. Je veux qu’ils gardent un souvenir de moi. Qu’ils sachent que je suis désolé d’avoir dû leur fausser compagnie. Qu’ils ne son pas responsables de ce qui va se passer… »

Aujourd’hui, Leonard Peacock a dix-huit ans. C’est le jour qu’il a choisi pour tuer son ancien meilleur ami. Ensuite, il se suicidera. Plus tard, peut-être, il se dira que c’est OK, voire important d’être différent. Mais pas aujourd’hui.

Avis : A force, je crois que je vais continuer d’acheter tous les livres de la collection R les yeux fermés, tant c’est un plaisir à chaque fois. Et pour le coup, je suis vraiment contente de m’être lancée, parce que ce genre de roman est essentiel, bouleversant, puissant. Et horriblement prenant, j’ai vraiment eu beaucoup de mal à le lâcher quand je devais aller au boulot, ou dormir.

Dès le début, les choses sont claires : Leonard Peacock a décidé de tuer son ancien meilleur ami, et de se tuer ensuite. Pourquoi ? On ne le saura que plus tard. On le suit à travers cette terrible journée, petit à petit les révélations se font jour à mesure qu’ils donnent ses petits cadeaux à ceux qui ont fait son quotidien dernièrement. Et plus les pages se tournent, plus on apprend à le connaître.

Leonard est un adolescent torturé, lucide sur la vie qui l’entoure, avec une mère très peu présente et fort peu lucide sur ce que vit son fils. Il se pose énormément de questions et le récit est bourré de réflexions à la fois profondes et justes. Parce que ce que Matthew Quick nous donne à lire, c’est l’histoire d’un ado qui a du mal à trouver sa place, qui a peur de devenir un adulte malheureux, mais pas que.

J’ai aimé ce garçon, qui se pose tout un tas de questions, qui suit les gens qu’il trouve malheureux, juste pour voir si grandir peut laisser une place au bonheur. Ses mots sont forts, quand il compare les adultes qui prennent le métro pour aller travailler aux malheureux qui partaient pour les camps de concentration pendant la guerre. Quand il cherche juste une raison d’y croire encore. De s’accrocher juste un peu plus. Avec sa candeur d’enfant, c’est comme s’il avait tout compris, quand il dit :

 » Ne le fais pas. Ne va pas à ce boulot que tu détestes. Fais quelque chose que tu aimes aujourd’hui. Un tour de montagnes russes. Nage dans l’océan à poil. Va à l’aéroport et prends le premier vol en partance, juste pour le plaisir. Pointe un endroit au hasard sur un globe terrestre et prépare ton voyage ; si c’est au milieu de l’océan, tu iras en bateau. Goûte un plat exotique dont tu n’as jamais entendu parler. Arrête une inconnue dans la rue et demande-lui de te raconter en détail ses plus grandes peurs, ses espoirs secrets et ses aspirations, puis dis-lui qu’elle compte pour toi parce que c’est un être humain. Assieds-toi sur le trottoir et dessine avec des craies colorées. Ferme les yeux et essaie de voir le monde avec ton nez – fais de ton odorat ta vue. Rattrape ton retard de sommeil. Appelle un vieux pote que tu n’as pas vu depuis des années. Remonte le bas de ton pantalon et marche dans la mer. Va voir un film étranger. Nourris les écureuils. Fais n’importe quoi ! Quelque chose ! Parce qu’on commence une révolution une décision à la fois, chaque fois qu’on respire. Mais ne va pas dans cet endroit affreux où tu te rends tous les jours. Prouve-moi qu’on peut être à la fois adulte et heureux. S’il te plaît.  » (pg 63-64).

Leonard m’a bouleversée, touchée au cœur. Ses mots sont tellement forts, puissants et poétiques. Et aussi pleins d’humour. J’ai beaucoup aimé le style de Matthew Quick, les pages parsemées de notes dans lesquelles Leonard est capable de développer toute l’histoire d’une rencontre ou commenter simplement ce qu’il dit. C’est sûr qu’il est différent, et j’avais envie de lui crier de s’accrocher, qu’il n’avait pas à se détester, que n’importe qui pourrait l’apprécier s’il acceptait cette idée. S’il acceptait de prendre la vie comme elle est, pleine de joies, mais aussi pleine de moments plus sombres.

Au début je n’ai pas compris d’où tombaient ces lettres du futur, je me demandais si elles étaient réelles (auquel cas je trouve que ça aurait gâché la beauté du roman) ou non, puis j’ai compris quand le professeur a parlé de ça, justement. Et j’ai trouvé ça d’autant plus beau, fort, que Leonard se laisse cette part d’espoir, de rêve, même si pour lui, imaginer ce futur ne pouvait que le rendre triste en regardant son présent. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Parfois, notre présent nous paraît tellement moche, désespérant, qu’on se dit qu’il ne changera jamais. Qu’on a pas notre place. Qu’on a pas rencontré les bonnes personnes. Mais le futur est tellement plein de mystères, tellement plein de promesses, pourquoi les choses ne pourraient-elles pas changer ?

Tout au long de l’histoire, on en apprend un peu plus sur Leonard, sur les raisons qui l’ont poussé à décider ça. Mais on est également tenu par une certaine tension, une peur : est-ce que finalement il ira au bout de la mission qu’il s’est fixé ? Ce n’est pas la même angoisse que dans un thriller, il n’y a pas un enchaînement de rebondissements, etc, mais pourtant c’est sûr qu’il y a une certaine tension tout au long du roman.

Ce roman est un roman important et qui fait réfléchir. Qui rappelle ou souligne à quel point être ado et différent peut-être terriblement douloureux parfois. Mais aussi que certaines rencontres peuvent tout changer, nous donner l’espoir suffisant pour attendre, le courage nécessaire pour changer les choses. Qu’être différent n’est pas une mauvaise chose, qu’on a pas à ressembler aux gens pour être acceptés par eux. Un roman bourré de réflexions sur la vie, l’adolescence, les gens et leur conformisme, la différence, les apparences, ce que l’on peut dissimuler au fond de soi. Un roman porteur d’espoir, peut-être, pour tous ceux qui peuvent penser comme Leonard.

« Au début ils t’ignorent,

Ensuite ils se moquent de toi,

Puis ils te combattent

Et à la fin tu gagnes. » (pg 254-255)

Et aussi (oui, je crois que je pourrais citer ce roman de bout en bout, tant certains passages sont magnifiques de vérité) :

 » Je sais que tu comprends ce que je veux démontrer – tu es différent. Et je sais combien c’est dur de ne pas être comme les autres. Mais c’est aussi une force extraordinaire.  » (pg 256)

Un roman magnifique, d’une extrême justesse, qui nous rappelle qu’il faut « désherbe[r] [s]on esprit. Et allume[r] la lumière. Même quand personne ne regarde. » (pg 313) Parce que c’est avant tout pour lui qu’il doit se battre, essayer d’être heureux, y croire. Ce roman est un vrai coup de cœur, et je ne peux que vous conseiller vivement de vous plonger dedans si ce n’est pas encore fait 🙂

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10 réflexions sur “Pardonne moi, Leonard Peacock – Matthew Quick

  1. J’apprécie beaucoup la collection R, mais ce roman est bien le seul qui ne m’a pas fait envie sur le coup… Tu as réussi à me faire changer d’avis, il a l’air beaucoup plus touchant qu’il n’y paraît. merci beaucoup pour ton avis 🙂

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