Lever de rideau sur Terezin – Christophe Lambert

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Éditeur : Bayard

Année de parution : 2015

Genre : Jeunesse

Résumé : Novembre 1943. Après des mois à se terre à Paris, dans une chambre de bonne, le célèbre dramaturge juif Victor Steiner est arrêté et déporté. Etant donné sa notoriété, on lui a promis « un traitement spécial » : on l’envoie en Tchécoslovaquie, à Terezin, un camp qui ressemble à une petite ville. A première vue. Car il y règne tout autant de violence que dans les autres camps nazis. Mais Steiner a la surprise de s’y découvrir un fan : un officier SS qui lui commande une pièce. Elle devra être jouée lors d’une visite de contrôle de la Croix-Rouge internationale, dans le grand théâtre de Prague. Ecrire pour les nazis ? Steiner s’y refuse. Mais il n’a pas le choix, et la Résistance interne au camp finit de le décider : ce spectacle pourrait être l’occasion de faire évader des prisonniers…

Avis : J’avais hâte de commencer ce roman, j’aime beaucoup les récits qui se passent pendant la guerre et celui-ci m’avait l’air prometteur et original (pour la place laissée au théâtre notamment).

C’est donc l’histoire de Victor Steiner, célèbre dramaturge juif, qui après des mois à se terrer dans une petite chambre, fini par être arrêté et déporté. Seulement, il a le droit à un « traitement de faveur » : avec d’autres personnes « célèbres » des Arts (chanteurs, acteurs, etc), il va être déporté à Terezin, qu’on lui décrit comme une petite ville plutôt qu’un camp. Mais là encore, ce n’était que des rumeurs : une fois arrivé, Victor réalise que la violence est tout aussi présente. Des gens meurent, pour trois fois rien. Pour l’exemple. Pour une blague. Régulièrement des listes sont publiées, désignant froidement ceux qui partiront pour un autre camp – là encore, les gens savent très bien ce que cela veut dire. Mais dans son malheur, Victor aura la chance de tomber sur un officier aimant ses pièces par dessus tout, et qui, dans le cadre d’une visite de contrôle, va lui demander d’écrire et de faire jouer une nouvelle pièce. S’il se montre réticent au début, il comprend très vite qu’il n’a pas le choix, et que ça pourrait être l’occasion d’aider quelques camarades à s’échapper.

On a quelques scènes « violentes », d’exécution. Mais ce qu’on devine, ce qui est à peine dit, est tout aussi terrible. La visite de la Croix-Rouge m’a aussi particulièrement choquée dans son genre. C’est un récit dur, réaliste, et les Allemands aussi organisent une mise en scène lors de cette visite, en prenant des gens en bonne santé comme prisonniers, remplaçant les malades par des gens bien portant, donnant des jouets aux enfants le temps de la visite. Tout n’est qu’apparence, et se dire que ces gens vont tomber dans le panneau, c’est assez cruel.

J’ai beaucoup aimé la place accordée aux Arts, je n’avais jamais lu d’histoire sur un camp où seraient réunis les artistes, leurs conditions de vie, etc. Et j’ai trouvé ça aussi intéressant de voir l’art s’épanouir dans tant de contraintes, avec en prime la citation d’André Gide au début du livre, tiré de Nouveaux prétextes, que je trouve assez vraie :

 » L’art est toujours le résultat d’une contrainte. Croire qu’il s’élève d’autant plus haut qu’il est plus libre, c’est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter, c’est sa corde. La colombe de Kant, qui pense qu’elle volerait mieux sans cet air qui gêne son aile. C’est sur de la résistance, de même, que l’art doit pouvoir s’appuyer pour monter […]. Le grand artiste est celui qu’exalte la gêne, à qui l’obstacle sert de tremplin […]. L’art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. « 

J’ai trouvé la fin ouverte particulièrement bien pensée. J’ai bien aimé Steiner, son évolution, sa vision des choses et de son art qui change, le sentiment de paix, d’accomplissement qui l’habite finalement. Parce qu’au final, c’est sa passion pour le théâtre qu’il l’aura « sauvé » : après avoir eu peur de devenir l’esclave des Allemands et des désirs de Waltz, il a su garder son envie de vivre et de croire que l’art pouvait rendre le monde meilleur, il s’est pris au jeu. Il n’aura jamais été aussi vivant qu’à cette période, comprenant que les contraintes qu’il aura eu, auront finalement été stimulantes, enrichissantes, le forçant à se dépasser, à réfléchir, et à donner le meilleur de lui-même. Et finalement, grâce à l’art, il aura su atteindre une forme de liberté, puisque il arrivera à faire passer un message dans sa pièce ; comme le dit le dramaturge dans sa pièce :

 » La contrainte dans l’art a toujours existé ;
L’écrivain peut créer même s’il a les poings liés.  » (pg 447)

Au final, j’ai beaucoup aimé le sujet du livre. Sur la guerre bien sûr, mais pas que ça. On a beaucoup de réflexions sur l’écriture, le théâtre, l’art. On réfléchit avec Victor Steiner, emporté dans son énergie créatrice. Parfois j’avais l’impression de lire de la philosophie. Le sujet du livre serait un peu de savoir si la contrainte est l’ennemi de l’artiste, et le dramaturge/Christophe Lambert en donne une très belle réponse. En tout cas, tous les deux (avec la très bonne pièce de théâtre jointe à la fin, qui montre bien le talent de Christophe Lambert) ont largement relevé le défi !

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4 réflexions sur “Lever de rideau sur Terezin – Christophe Lambert

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