Mal dans la peau – Ghislaine Bizot

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Editeur : Calepin

Parution : 29 mai 2013

Genre : Littérature épistolaire

Résumé : Marie et Carole, deux amies d’enfance originaires de Lille, se trouvent séparées quand Carole part vivre avec son mari Fabrice dans un petit village retiré de l’arrière-pays niçois.

Elles décident alors de s’écrire, mais au cours de ces échanges, la Carole que Marie connaissait si bien semble peu à peu s’effacer…

Que lui arrive-t-il et quel secret cherche-t-elle à cacher derrière ces mots si minutieusement pesés ?

 

Avis : Marie et Carole sont deux amis d’enfance, presque des sœurs. Mieux encore que des sœurs. Elles ont grandi à Lille, se voient très régulièrement, se disent tout. Alors, quand Carole suit son mari Fabrice dans un petit village du Sud de la France, du côté de Nice, les deux jeunes femmes se promettent de s’écrire, de se donner des nouvelles, de ne pas perdre contact. Mais petit à petit, Carole semble se renfermer sur elle-même et obéir au moindre désir de son mari. Il ne veut pas qu’elle travaille ? Elle reste à la maison. Elle veut voir quelqu’un ? Il arrive toujours à changer ses plans, de manière naturelle. Alors, très vite Marie s’inquiète pour son amie – si seulement elles n’habitaient pas si loin. Que peut-elle bien lui cacher ?

Très vite l’histoire se met en place – ou alors c’est parce que j’ai dévoré ces lettres, qui se lisent bien vite. Dans un premier temps, on découvre ces deux jeunes femmes, leur si belle amitié. Avec Marie, on découvre la nouvelle vie de Carole : si au début elle semble vivre un rêve, dans sa belle maison, avec son mari parfait, on soupçonne bien vite ce qui est en train de se passer, et peu à peu l’horreur se confirme. Alors, avec Marie, on attend dans l’angoisse la prochaine lettre. On se demande quand Carole ouvrira les yeux, s’il ne sera pas trop tard.

L’histoire se passe juste avant les années 2000 et à l’époque, pas question d’envoyer des textos comme maintenant : on paye, on capte mal, bref, rien de tel que les lettres pour rester en contact ! J’imagine que le choix de cette époque n’est pas anodin : le choix des lettres permet d’introduire un certain suspens, une certaine tension, quand Carole ne donne pas de nouvelles, Marie imagine le pire, et nous avec. Mais, les lettres permettent également de cacher les émotions : on dit ce que l’on veut, l’expression de notre visage ne risque pas de nous trahir ! On a quelques textos, quelques passages qui nous livrent les pensées de Carole (des passages que j’ai trouvé particulièrement forts, intenses, mais aussi très poétiques, chargés en émotions, en non-dits), ou encore des passages narrés quand les deux jeunes femmes se voient par exemple, mais le plus gros reste les lettres (moyen efficace également pour connaître les deux points de vue féminins plutôt que de n’en suivre qu’un seul).

Vous l’aurez peut-être compris, ce roman parle de relation amoureuse violente, autrement dit de violences conjugales. Un roman coup de poing (sans mauvais jeu de mots), qui permet de se rendre compte du processus d’isolement que peuvent subir certaines de ces femmes trop amoureuses, trop aveuglées pour réagir (ici par exemple, maison à la campagne loin de toute famille ou ami, pas de travail, pas de téléphone, pas de relation sociale autre que celle autorisée par l’époux). Je trouve que Ghislaine Bizot arrive parfaitement à nous faire ressentir le mal-être de Carole, coincée dans cette relation. Car elle aime son mari, et lui ? Il l’aime aussi, n’est-ce pas ? A force de se rassurer, de se cacher derrière des faux-semblants et des mensonges, elle arrive à se persuader que ce ne sont que des accidents, que ce n’est rien. Alors entre être et paraître il n’y a qu’un pas, montrer ce que les gens veulent voir, dire ce qu’ils veulent entendre pour pouvoir à soi-même se voiler la face. On suit son évolution, elle que Marie décrit comme forte et pleine de joie de vivre, qui finit par se refermer sur elle-même, se soumettre à ce mari violent, qui accepte de rester chez elle alors qu’elle a toujours voulu faire carrière. Sa longue prise de conscience, ses revirements à 180°, jusqu’à …

Si Carole échange également avec ses parents, on se rend vite compte qu’elle les protège et ne se permet de dire ce qu’elle vit qu’à Marie – mais dit-elle vraiment tout ? Et c’est aussi ce que j’ai aimé dans ce roman, cette amitié sincère, vraie, où l’on peut tout se dire, le meilleur comme le pire, où l’on peut dire se confier mais aussi dire ce que l’on pense sans crainte. Je ne saurais dire si j’ai préféré l’une de ces jeunes femmes à l’autre : Marie s’inquiète, veut tout faire pour aider son amie, la faire réagir. Elle s’inquiète, est protectrice, rationnelle, on dirait l’amie idéale. Parfois, j’avais envie de secouer Carole, de lui dire de se réveiller, de ne pas accepter … et en même temps j’imagine bien comme ça peut être compliqué de simplement reconnaître que non, tout n’est pas parfait, oui, il va trop loin, de se dire que « oui, je suis une femme battue ». Alors j’ai ressenti beaucoup d’amour, d’inquiétude, d’un côté, mais aussi beaucoup de tristesse de l’autre ; on ne peut qu’aimer ces deux amies.

J’ai beaucoup aimé ce roman, je l’ai trouvé juste, sensible, terriblement prenant. J’ai beaucoup aimé le choix de la fin, qui permet d’imaginer des jours meilleurs pour la jeune femme. Et puis, il faut bien le dire, c’est un thème qui reste malheureusement d’actualités, alors lisez-le, que vous soyez concernées de près ou de loin, ou pour le jour où peut-être (je ne vous le souhaite pas, bien entendu) une amie aura besoin de vous.

En bref, un joli coup de cœur pour ce roman épistolaire, à la couverture parfaitement choisie et réalisée !

 

Merci aux éditions Calepin pour la confiance et la découverte !

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15 réflexions sur “Mal dans la peau – Ghislaine Bizot

  1. A chaque fois que je lis un roman épistolaire, je suis embarquée dans ma lecture, de surcroît si le thème touche la violence conjugale. La couverture est vraiment inquiétante et donne déjà une idée de ce que le roman contient, ton avis m’en donne la confirmation. Je note le titre, ce livre a l’air poignant.

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