Conduite interdite – Chloé Wary

9782368460900-ConduiteInterdite-2017

 

Éditeur : Steinkis

Parution : 29 mars 2017

Genre : Roman Graphique

 

Résumé : L’Arabie saoudite est le seul pays au monde où il est interdit aux femmes de conduire.

Aujourd’hui, les Saoudiennes font leurs études à l’étranger, travaillent, votent et peuvent être élues… mais pas conduire elles-mêmes leur voiture.

Après cinq années passées à Londres, Nour rentre en Arabie saoudite.

Ce retour lui cause un certain malaise, jusqu’à ce qu’elle croise un groupe de femmes bien décidées à revendiquer leur indépendance.

Le 10 novembre 1990, elles sont 47 à prendre le volant, et deviennent les pionnières d’un mouvement féministe qui revendique le droit de conduire !

 

Avis : Proposé par Mélusine dans le Club de Lectures Féministes, j’étais curieuse de découvrir ce roman graphique, consacré à la condition des femmes en Arabie Saoudite, le seul pays encore où les femmes étaient interdites de conduire jusqu’à très très récemment (on en reparle en juin 2018).

Comme un prologue, Chloé Wary démarre au 10 novembre 1990, ce jour où 47 femmes ont pris le volant pour affirmer haut et fort leur volonté d’indépendance, de liberté. Premier jour d’une longue lutte. Après ça, Chloé Wary remonte le fil de l’histoire pour nous expliquer comment Nour s’est retrouvée dans cette voiture, à immortaliser ce moment. Revenue après quelques années passées à Londres avec ses parents, la jeune femme est confrontée à une brusque régression de ses libertés. Si son père est bien décidé à la marier, Nour aura de la chance de tomber sur un homme qu’elle choisira.

Comme je disais, j’étais curieuse de découvrir ce roman graphique. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il me révolte autant, à ce qu’il porte autant de réflexions profondes en lui. Certes sur cette question d’autoriser les femmes à conduire – mais surtout sur la condition des femmes en général – qui m’a assez surprise : voir des femmes conduire fait tellement partie de mon quotidien, que j’avoue que je ne savais pas que certains pays l’interdisait encore.

« Je me souviens des Londoniennes qui déposaient leurs enfants à l’école en voiture avant de se rendre au travail. J’aurais tellement aimé essayer. Mais pour nous les Saoudiennes, ce n’est pas convenable. Un décret promulgué en 1981 proscrit formellement la conduite aux femmes dans tout le royaume. »

Pourquoi, quand ces femmes peuvent partir vivre à l’étranger, fumer, étudier ou travailler, ne peuvent-elles pas conduire ? Nour a peut-être une réponse à cette question, quand elle nous dit :

« Au volant d’une voiture, j’aurais pu choisir quelle route emprunter. J’aurais pu me tromper, me perdre et faire marche arrière. Mais au moins, à chaque intersection, j’aurais pu faire mon propre choix. »

Pour nous, ça va tellement de soi qu’on puisse conduire. L’un des premiers arguments qu’on nous dit quand on est en âge de conduire (en tout cas ça a été le cas pour moi), c’est « aller, c’est le premier pas vers l’indépendance. Tu seras libre d’aller où tu veux ». Les femmes comme Nour ne sont pas libres. Ne peuvent pas décider où conduire leur vie.

Grâce à sa tante Aya, Nour va rejoindre un petit groupe secret de femmes, de féministes, prêtes à revendiquer leurs libertés. Et se rendre compte qu’elle n’est pas seule. Car si elle a la chance d’avoir une mère assez ouverte d’esprit – ainsi qu’une tante, c’est loin d’être le cas avec son père, trop ancré dans la tradition.

« Une alternative existait. Le sort d’une femme ne pouvait être scellé dès sa naissance. Être une femme n’était pas une faute. »

Car pour ces femmes, il est nécessaire d’agir. Pour elles, pour leurs filles. Pour le monde qu’elles laisseront. D’abord, elles se contentent de discuter, d’échanger, de partager, et puis un jour, elles se lèvent, ensemble. J’ai aimé cette idée, et la réflexion qu’offre Aya à sa nièce :

« – Pourquoi tu n’es pas restée vivre à New York ?
– Parce que ma vie est ici. Je suis saoudienne, pas américaine. C’est mon combat et je suis fière d’être née ici. Fuir en Occident, c’est oublie d’où tu viens, tes racines. Nous devons oeuvrer ensemble et ici, en Arabie Saoudite, pour gagner notre liberté. Si nous fuyons toutes, qui se battra pour nos droits ?

C’est de l’intérieur que nous pouvons changer les choses. Ce n’est pas en fuyant que les choses s’arrangeront. Certes, on ne verra peut-être plus le problème, mais ça ne voudra pas dire qu’il n’existera plus. Ces femmes ont le désir, la volonté de se battre pour leurs enfants. Ce 10 novembre 1990, on voit bien que les choses étaient loin d’être gagnées, et pourtant, le temps a montré qu’elles ont eu raison.

En bref, une très chouette découverte, que je vous recommande vivement ! Un roman graphique qui pousse à la réflexion et à s’interroger sur beaucoup de choses !

 

12 réflexions sur “Conduite interdite – Chloé Wary

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