Vies volées ; Buenos Aires, place de mai – Matz & Mayalen Goust

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Éditeur : Rue de Sèvres

Parution : 10 janvier 2018

Genre : Bande dessinée

 

Résumé : En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, 500 bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver. Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et décide de faire un test ADN, Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage. À travers leur quête, on s’interroge sur l’identité, la filiation, la capacité de chacun à se confronter à ses propres bourreaux, à surmonter une trahison et parvenir à envisager un nouvel avenir.

 

Avis : En 1998, à Buenos Aires, Mario est un jeune homme qui se pose des questions sur ses origines. S’il trouve qu’il ne ressemble pas beaucoup à ses parents, il trouve encore plus bizarre de n’avoir jamais vu de photos de sa mère enceinte. Et s’il avait été adopté ? S’il était l’enfant d’un de ces « desaparecidos », ces opposants à la dictature militaire qui régnait dans l’Argentine de la fin des années 70, début des années 80 ? Pour cela, qu’une chose à faire : un test d’ADN. Son ami Santiago l’accompagne, sans se douter un seul instant que sa vie est sur le point d’être bouleversée.

Si cette histoire est fictive, les faits historiques et le contexte n’en sont pas moins réels. De 1976 à 1983, l’Argentine est régie par une dictature militaire, qui causera la mort de plus de 30 000 opposants. Parmi eux, on compte bon nombre de femmes ayant accouché dans la captivité, et dont les enfants ont par la suite été confiés à des familles « sûres », proches du régime. Plus de 500 enfants ont ainsi été donnés… Depuis 1977, les mères de ces personnes assassinées se retrouvent sur la place de Mai, et se battent pour retrouver leurs petits-enfants. En 2017, plus de 125 avaient été retrouvés … autant dire que le combat est loin d’être fini, et que probablement un grand nombre d’adultes d’aujourd’hui ignore ses véritables origines.

Ainsi, à l’Histoire de ces enfants se mêle ici l’histoire de Mario, de Santiago, de Victoria, Eugenia. Si j’ai trouvé chaque personnage, chaque histoire attachants, Victoria, surtout, m’a profondément touchée. Montrant à quel point être privé de ses racines peut être douloureux. Si la jeune fille avance malgré tout dans la vie, elle ne trouvera jamais véritablement qui elle est, et ne s’épanouira jamais totalement, un peu comme une plante coupée de ses racines finira par mourir. Le titre est terriblement juste et parlant, ces vies volées, qu’il s’agisse de ces gens assassinés par avoir osé s’opposer à la dictature d’un pays, ou de ces enfants arrachés aux leurs.

Le trait des dessins est doux, simple et prégnant à la fois, mélancolique parfois, profond. Certaines cases se passent d’ailleurs de mots, et l’émotion est là, toute entière, et nous cueille.

J’ai commencé cette bande dessinée un peu par curiosité, je l’ai refermée les yeux noyés de larme. Bien que les personnages soient fictifs, il n’en reste pas moins que le fond est réel. Les auteurs nous offrent une bande dessinée bouleversante, touchante, qu’il nous faudrait tous découvrir. Personnellement, je ne connaissais pas cette triste partie de l’histoire de l’Argentine, mais je suis « heureuse » d’y avoir remédié grâce à cette bande dessinée qui nous interroge sur l’importance de nos origines, sur la filiation. Faut-il absolument savoir la vérité ? Faut-il en vouloir à ceux qui nous ont adopté dans de telles conditions, sans pourtant autant ne jamais nous priver d’amour ? D’ailleurs est-ce que tous étaient au courant ? Comme le souligne Santiago au début de l’histoire : « Les parents, ce sont ceux qui mettent à manger sur la table, qui te racontent une histoire le soir avant de sortir ou te filent une baffe quand tu franchis les limites. » Mais est-ce une raison pour oublier comment ils sont devenus parents ? L’horreur sur laquelle s’est bâtie cette réalité ?

Au final, un beau coup de cœur pour cette bande dessinée aux très belles illustrations, que je vous recommande à tous de lire !

 

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Pour une autre chronique d’une BD de Matz, c’est par ici.

Merci aux éditions Rue de Sèvres pour la confiance et la belle découverte.

 

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12 réflexions sur “Vies volées ; Buenos Aires, place de mai – Matz & Mayalen Goust

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