Et plus si affinités – Sara Barnard

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Éditeur : Casterman

Parution : 24 janvier 2018

Genre : Young Adult

Traduction : Cécile Leclère

Titre original : A quiet kinf of thunder

 

Résumé : Steffi ne parle plus. Rhys n’entend pas. Mais ils se comprennent parfaitement.

 

Avis : Steffi a longtemps souffert de ce qu’on appelle un mutisme sélectif. Maintenant, eh bien, disons que c’est « juste » une extrême timidité doublée d’une anxiété. D’ailleurs, à la fin des vacances, elle débute un nouveau traitement, qui pourrait peut-être un peu l’aider. Le jour de la rentrée, on lui présente un nouvel élève, Rhys, qui est sourd. Puisqu’elle ne parle quasiment pas, Steffi a appris il y a longtemps quelques rudiments de la langue des signes. Cool, non … ? Après tout, au moins, cela lui permet d’avoir quelqu’un avec qui échanger, quelqu’un qui ne la connaît pas encore, n’a pas d’à priori, ne se moque pas. Quelqu’un qui pourrait bien devenir un ami.

Steffi et Rhys m’ont fait entrer dans un monde que je ne connais pas vraiment, celui des personnes souffrant de surdité et leur quotidien. Quand le proviseur apprend à Steffi que Rhys lit sur les lèvres, on se dit que ça ira pour lui le lycée. Mais rappelez-vous ce prof qui continue de parler en écrivant au tableau. Ou tout simplement en n’était pas directement orienté vers vous. Et ces moments du quotidien où l’on ne voit pas un danger, et où quelqu’un aura beau crier pour nous avertir, on n’entendra rien. Ou bien si l’on se blesse à la main, et qu’on se retrouve alors dans l’incapacité de signer. Rhys est un personnage qui m’a beaucoup touchée, émue. Il est fort, optimiste, joyeux, et pourtant, il souffre de ne pouvoir être cet homme infaillible (mais qui l’est ?) qui prendrait soin de celle qu’il aime, qui serait invincible, qui pourrait toujours la protéger. Il est humain, il a des doutes, des peurs. Tout comme Steffi, qui a du mal à parler à des inconnus, qui peut se retrouver en proie à une crise d’angoisse au pire moment. Pourtant, ce que ces deux-là nous montrent, c’est que malgré leurs handicaps, ils sont plus forts à deux, ils se dépassent, s’épaulent. Que ce n’est pas une faiblesse d’être différent, loin de là.

Parmi les personnes qui gravitent autour de Steffi et Rhys, il y a leurs parents. Ce sont surtout ceux de Steffi qui m’ont interpellée, par leurs peurs, leur côté protecteur. Si sa mère surtout m’a parfois fait de la peine, dans son envie que sa fille n’aille pas à la fac, ou sa peur que sa relation avec Rhys ne réduise son univers, ne l’empêche de faire des efforts, d’essayer de se dépasser, au final, ce n’est que la peur d’une mère face aux difficultés de sa fille, pas totalement fermée pour autant.

Schéma que j’ai retrouvé ici, après ma lecture de « Trois de tes secrets » de Julie Buxbaum, on est au début d’une nouvelle année scolaire, et Steffi est séparée de sa meilleure amie, partie suivre un cursus plus orienté sport. Obnubilée par les preuves et efforts qu’elle doit fournir, par cette relation qui ne noue petit à petit avec Rhys, Steffi laisse passer certains signes, jusqu’au jour où Tem – September – a vraiment besoin d’elle, se retrouve seule et explose, rappelant l’importance de ne pas oublier une amie pour un petit ami … ah l’adolescence ! Pas toujours facile de jongler entre tout le monde !

D’ailleurs, du point de vue des personnages, j’ai beaucoup aimé Tem, sa relation avec Steffi, sa façon d’être présente pour elle. On voit venir à des kilomètres le fait que tout ne va pas bien entre elle et Karam et on sait qu’une mise au point va être nécessaire entre les deux amies, mais c’est ça aussi la beauté de ces amitiés profondes et sincères : savoir que tout finira par s’arranger. Rhys et Steffi m’ont également beaucoup touchée comme je disais, du fait des obstacles qu’ils ont à surmonter – car si Rhys ne peut rien faire contre sa surdité, ce n’est pas forcément simple pour Steffi non plus puisqu’elle ne contrôle pas vraiment son anxiété. J’ai aimé la force qu’ils dégagent ensemble, cette magie du premier amour qui donne des ailes, tout en gardant en tête que peut-être, ça ne sera justement que le premier.

Au final, j’ai passé un très bon moment de lecture (malgré quelques coquilles) avec ce roman original, mettant en avant des personnages aux caractéristiques particulières, qu’on voit peu encore en littérature (en tout cas j’en ai peu lu). Une belle manière de sensibiliser à toutes ces choses dont on ne se rend pas compte quand on ne souffre pas de surdité, de mutisme – ou qu’on a personne dans notre entourage qui en souffre, en nous parlant de respect, d’ouverture, de différence, de handicap, d’acceptation de soi, de notre société parfois inadaptée. Une jolie surprise.

 

 

Un grand merci aux éditions Casterman pour la confiance et la découverte de cette petite pépite.

12 réflexions sur “Et plus si affinités – Sara Barnard

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