Nous, les filles de nulle part – Amy Reed

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Éditeur : Albin Michel

Parution : 28 février 2018

Genre : Young Adult, témoignage

Traductrice : Valérie Le Plouhinec

 

Résumé :
À : destinataires cachés
De : LesFillesdeNullePart
Chères amies,
Vous en avez marre ? Vous avez peur ?
Vous en avez marre d’avoir peur ?
Vous êtes en colère ?
On sait ce qu’ils ont fait. Spencer Klimpt, Eric Jordan et Ennis Calhoun. On sait qu’ils ont violé Lucy. On sait qu’ils ont fait du mal à d’autres, probablement beaucoup d’entre nous. On sait qu’ils recommenceront.
Vous êtes prêtes à agir ? À ne plus vous taire ?
Rejoignez-nous. Ensemble nous sommes plus fortes qu’eux.
Nous ne nous tairons plus.
Nous les Filles de Nulle Part.

 

Avis : Il y a des livres dont on sait d’avance qu’on en sortira pas indemne. Quand ce roman est sorti, je savais qu’il fallait absolument que je le lise. Et je suis sortie de ma lecture bouleversée, touchée, peut-être même un peu plus forte. Il m’aura fallu quelques semaines pour réussir à enfin écrire ma chronique – ce n’est jamais évident quand un roman vous prend aux tripes comme ça, j’aimerais tellement vous donner envie de découvrir cette pépite et surtout lui rendre justice ! Bref, c’est parti.

Grace vient d’emménager dans une nouvelle maison, dans une nouvelle ville. Sur les murs de sa chambre, elle découvre les mots torturés de la jeune fille qui vivait là avant, des mots brisés, renfermant bien des maux. Grace découvre son prénom, Lucy, et son histoire. Violée par des camarades de lycée. Brisée par ceux qui savaient, ceux qui n’ont rien fait, ceux qui n’ont pas cru, ceux qui ont dit qu’elle l’avait cherché. Et Grace refuse de laisser les choses continuer ainsi.

Ce livre m’a révoltée. La façon dont a été traitée Lucy – je n’ai d’ailleurs pas de mots pour décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de ce qu’elle a vécu. Ses agresseurs qui continuent leur vie, leurs violences en toute impunité ou les extraits immondes du blog que tient l’un d’eux. Cette pression du sexe, cette impression de ne pas pouvoir dire non si on ne veut pas passer pour une fille trop prude, si on ne veut pas se faire quitter. Ou ce sentiment de ne pas pouvoir dire qu’on aime ça, pour ne pas passer pour une salope. Cette haine pour celles qui couchent, ce mépris pour celles qui ne couchent pas. Quand je lis ce qui se passe au lycée de Prescott, je suis horrifiée – d’autant plus quand je vois la réaction du corps enseignant ou de certains adultes … à vomir -.

Ce livre m’a touchée. Par ses personnages vrais, si différentes et pourtant tellement attachantes. Que ça soit Grace, qui prend de plus en plus d’assurance au fil du livre. Rosina, sa relation compliquée avec sa mère ou ses coups de cœur. Erin – ah, Erin, je l’ai vraiment beaucoup aimée – forte et fragile à la fois, diagnostiquée autiste, à l’histoire si bouleversante. Je n’oublie pas Cheyenne, ou, finalement, toutes ces filles de nulle part, leurs histoires, leurs vécus. Par contre, j’ai apprécié qu’Amy Reed ne mette pas tous les garçons dans le même panier : ce ne sont pas tous des monstres irrespectueux assoiffés de sexe.

Ce livre m’a fait réfléchir. Grâce au mouvement des filles de nulle part, des réunions commencent à avoir lieu, qui vont voir émerger des débats tous plus intéressants les uns que les autres. C’est ça que j’ai aimé aussi, dans ce roman. Chaque fille a son vécu, son opinion. Mais elles vont discuter, se confronter. Il n’y a pas de réponses au final, parce qu’il n’y a pas une seule ligne à tenir. On peut aimer faire l’amour, on peut ne pas avoir envie. Si les opinions divergent, ce qui ressort au final, c’est que non, une fille ne devrait pas avoir peur de vouloir dire non. Et qu’un non veut dire non. Qu’un silence ne veut pas dire oui, qu’être ivre ne veut pas dire « vas-y, fais de moi ce que tu veux ». Que leurs copains, les garçons de Prescott et d’ailleurs devraient mieux les respecter, qu’elles ne sont pas des objets. Qu’elles doivent être écoutées. Et entendues. Et qu’il ne devrait plus y avoir de Lucy.

Ce livre m’a donné envie de me battre. Pour que les choses changent, que les mentalités évoluent, que les jeunes soient mieux informés. Est-ce que j’ai eu de la chance au lycée ? Est-ce que ce sont les choses qui ont changées ? En lisant ce qui se passe dans les couloirs de Prescott, j’imaginais ma fille. Je ne veux pas craindre pour elle à chaque instant (même si ça sera sans doute quand même le cas), je voudrais surtout qu’elle soit forte, qu’elle se sente protégée, en sécurité, et surtout, libre d’être qui elle veut, de dire ce qu’elle veut. J’ai tellement l’impression que les ados sont mal informés, que pour les garçons une fille devrait se sentir flattée de se faire siffler, d’avoir une main aux fesses, alors que pour les filles ces comportements sont normaux et donc totalement acceptables (ou du moins acceptés). Alors que non.

Bref. Je ne vais pas en faire des tartines, mais lisez ce roman, vraiment. Pour moi, ça a été un immense coup de cœur, un vrai coup au cœur. Un coup de poing. Un  message de colère mais aussi d’espoir. La preuve qu’ensemble, les choses peuvent changer. Quelques semaines après avoir fini ce roman, je pense encore très souvent à ces filles de nulle part et j’espère sincèrement que vous aussi vous partirez à leur rencontre. Un livre essentiel – qui parle de sexisme, de viol, de famille, d’autisme, d’amour, de religion, de féminisme – pour un chemin encore long.

 

24 réflexions sur “Nous, les filles de nulle part – Amy Reed

  1. On sent vraiment que ce livre t’a touché en plein coeur, qu’il t’a totalement retourné, bouleversé. On sent que tu as écrit cette chronique avec tes tripes, avec toute la passion que tu es capable de transmettre, et oui, tu donnes envie de le lire, tu donnes envie de plonger au coeur de cette histoire pour en ressortir grandir, différente, plus forte.
    Je pense que malheureusement les jeunes ne sont pas assez informés, que l’on banalise certaines choses, que l’on prend beaucoup d’autres choses à la légère alors que le sujet est grave et important. Je suis heureuse de voir que ce genre de livres permet d’ouvrir les yeux, de prendre conscience de tout cela. Bien que nous en ayons déjà une petite idée, ce n’est sans doute pas le cas de tout le monde.
    Merci pour cette chronique sincère ♥

    • Oh merci pour ce long beau et intelligent commentaire ! ça me fait plaisir si j’ai pu transmettre tout ça ❤ et oui, tu as raison, je pense qu'il y a un manque d'informations et de "sérieux" parfois :/ je suis contente aussi que ce genre d'ouvrage existe, peut-être même de plus en plus, et j'espère qu'ils seront lus par le plus grand nombre !

  2. bonjour,
    il est dans ma pal, tu m’as donné envie de le sortir prochainement merci pour ta chronique !! bonne fin de journée et très bonnes lectures 🙂

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