# Bleue – Florence Hinckel

théa

Éditeur : Soon

Année de parution : 2015

Genre : Jeunesse

Résumé : Silas vit dans une société où tout est fait pour vivre sereinement. Chaque jour, la Cellule d’Éradication de la Douleur Émotionnelle efface les souvenirs douloureux. Plus de deuil ou de dépression, juste un point bleu au poignet comme signe d’une souffrance évitée. Sur le Réseau, les gens partagent tous leurs faits et gestes, « veillant » les uns sur les autres. Silas est un grand romantique : il préfère garder pour lui les moments intenses de sa relation avec l’incandescente Astrid…. Mais quand sa petite amie se fait renverser par une voiture, il est immédiatement emmené par les agents de la CEDE. Pour oublier.

Avis : Dès le début, ça va vite. On a même pas le temps de faire connaissance avec les personnages, le monde dans lequel ils vivent, qu’Astrid se fait renverser par une voiture. Je ne m’attendais pas à ce que ça arrive aussi vite, même si pour le coup ça crée l’effet de surprise. Ensuite, tout s’enchaîne, Silas s’évanouit, se réveille à l’hôpital, apprend la nouvelle, se fait oblitéré (ce qui veut dire qu’on lui efface sa douleur). A partir de là, l’histoire commence véritablement. Alors, quand ça met du temps à démarrer, que ça met x chapitres avant que l’histoire se lance vraiment, c’est pas génial, mais là au bout de 4 pages je trouve ça rapide aussi. Et vraiment malchanceux que sur 4 victimes touchées par l’accident, deux soient des amis de Silas.

Au début, l’histoire est racontée du point de vue de Silas. C’est très intéressant, parce qu’on a ses sentiments, sa vision du Réseau, mais aussi sa douleur, puis le changement qui s’opère en lui une fois qu’il a été oblitéré. Après être passé par la CEDE, il se rapproche de Paloma et de Xavier, eux aussi affectés par l’accident. L’intrigue prend un tour nouveau quand Silas apprend que Xavier connaissant Astrid, qu’il avait rendez-vous avec elle ce jour-là, et qu’il sous-entend qu’ils prévoyaient quelque chose, que la police l’interroge et qu’il se demande qui était vraiment sa petite amie ? Mensonge ou réalité ? Terroriste ou non ?

Tout le monde est surveillé via le Réseau. Ca ressemble à un Facebook, dont la force est justement que les amis se surveillent entre eux, s’inquiètent dès que l’on ne répond pas/ne donne pas de nouvelles pendant un certain temps (assez restreint), puisque cela pourrait être le signe que quelque chose ne va pas … comme on s’en rend compte à ce moment :

« Dans la file du cinéma, tout en lui parlant, je me connecte au Réseau avec mon téléphone et je communique avec frénésie, pour rassurer le maximum de personnes. Ils sont tous ravis de me voir de retour. Une bonne dizaine m’écrivent sur un ton affectueux qu’ils étaient à deux doigts d’appeler la CEDE, persuadés que j’étais au fond du trou, hyper déprimée. J’ai été complètement inconsciente. Pour la première fois, je réalise la puissance du Réseau, et surtout la menace qu’il représente, comme instrument de surveillance des gens par leurs propres « amis ». (pg 136)

C’est pour ça aussi que j’ai beaucoup apprécié ce roman, parce qu’il fait écho à notre monde hyper-connecté, à notre relation aux réseaux sociaux, à ces « amis » qui n’en sont peut-être pas toujours. Ce roman est une vraie mine d’or pour réfléchir à tout ça :

« Il me prend l’envie de balancer mon propre téléphone sous les roues d’une voiture. L’envie de poser des bombes devant chacune de ces machines qui nous facilitent la vie et nous la rendent prétendument meilleure. Ces machines qui, peut à peu, prennent place dans nos corps et agissent sur nos cerveaux, nous empêchant de voir la réalité extérieure. Oblitération de nos âmes satisfaites d’être distraites de tout… » (pg 228-229)

A côté de toute cette question de connexion, il y a forcément celle de la douleur, puisqu’ici la loi oblige les jeunes entre 15 et 18 ans de se faire oblitérés quand ils souffrent, autrement dit la loi interdit de souffrir. Même si ça part d’une « bonne idée », selon laquelle la souffrance, le traumatisme est à l’origine de pas mal de problèmes : la délinquance, les violeurs, etc, et qu’en supprimant le « problème » de base, la société ne s’en porterait que mieux. Mais on peut voir aussi que certains adultes en abusent allègrement. Après tout, oui, qui n’a jamais dit « j’ai trop mal, je préfère encore ne plus rien ressentir » ? Qui n’a jamais souhaité oublié la douleur, celle qui prend aux tripes et te donne envie de mourir ? Mais à travers le père d’Astrid, on peut aussi voir les dérives. Ceux qui pour un oui, pour un non se font oblitérés. Ceux qui finissent par ne plus rien ressentir. Qui perdent leur humanité, leur personnalité. Leur joie de vivre, ce qui faisait qu’ils étaient eux. Silas s’en rend compte également avec son ami Benjamin qui se fait oblitérer 3 fois, et fini par ressembler à un robot.

Bon, je ne vais pas trop en dire sur le reste de l’intrigue pour ne pas trop spoiler, parce qu’il y a pas mal de rebondissements, de surprises. J’aurais juste aimé aussi que certaines choses soient plus développées, la société dans laquelle ils vivent, sur l’oblitération en elle-même au final on ne sait pas grand chose, sur la CEDE et le groupement SOS, etc. J’ai beaucoup aimé l’alternance des points de vue, les explications qui arrivent après, l’amour entre les deux personnages, Silas et le processus inverse de son oblitération quand l’amour prend le dessus, etc.

Pour conclure, je dirais juste que c’est un roman important, intéressant, touchant, plein d’émotions, de sensibilité. J’ai vraiment beaucoup aimé ma lecture (comme quoi, j’ai vraiment dû avoir un mauvais feeling avec Théa juste avant, mais j’ai bien fait de lire celui-ci !), j’ai eu beaucoup de mal à décrocher. Dans les deux livres que je viens de lire de cette auteure, j’ai vraiment beaucoup apprécié les thèmes abordés et les dérivés. La réflexion qui en découle. Le fait que le lecteur ne soit pas passif. Et une chose est sûr c’est que je vais continuer de lire ce que fait Florence Hinckel. Ici donc, la question n’est plus de ne pas vieillir mais de ne plus souffrir. Et, très habilement, au travers une belle histoire, l’auteure nous montre l’importance des réseaux sociaux et leurs dérives, l’importance du libre-arbitre, des émotions, et surtout à quoi ressemblerait la vie si l’on choisissait de ne plus souffrir, de perdre une partie de nous, de notre histoire.A lire absolument.

Et vous, jusqu’où iriez-vous pour ne plus souffrir ?

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